Baseline
La baseline - ce qu'un MMM n'attribue à aucune activité marketing courante - n'est ni du bruit ni un acquis : c'est l'actif combiné de tout ce que l'entreprise a construit, qui se comporte comme une boule de neige - inertie, érosion lente, croissance par contribution réelle.
Dans les modèles de mix media (MMM), la baseline désigne la part des ventes que le modèle n’attribue à aucune activité marketing courante - le volume qui serait là si tu ne dépensais plus rien. Dans la plupart des modèles bien construits, elle représente 60 à 80 % du chiffre d’affaires. L’intuition naturelle est de la lire comme les “ventes organiques” - un acquis, un fond de commerce. C’est l’inverse : c’est l’actif accumulé depuis le lancement de l’entreprise.
Cette lecture de la baseline comme actif dynamique - plutôt que résidu passif - est au cœur de la distinction que Les Binet et Peter Field formalisent dans The Long and the Short of It (2013), à partir de 996 cas IPA. Les effets d’activation (clics, conversions) s’évaporent vite ; les effets de construction de marque s’accumulent sur des mois ou des années. La baseline est le résultat visible de cette accumulation : disponibilité mentale sédimentée, habitudes d’achat consolidées, distribution en place, bouche à oreille cristallisé.
Cette page traite la baseline comme concept de pilotage - non pas les détails techniques du MMM, mais ce qu’elle révèle sur le modèle mental derrière les décisions budgétaires : la différence entre crédit et contribution réelle, l’inertie comme propriété mesurable, et ce qu’on fait différemment une fois qu’on voit la boule de neige.
L’essentiel en 4 points
- La baseline représente souvent 60 à 80 % du CA - l’actif accumulé depuis le lancement, pas le bruit de fond.
- Elle se comporte comme une boule de neige : inertie à la hausse et à la baisse, invisible dans une fenêtre d’attribution courte.
- Le tableau de génération par canal mesure du crédit (répartition d’un mérite entre points de contact), pas de la cause.
- La vraie question n’est pas “quel canal génère quoi ?” mais “qu’est-ce qui contribue réellement à la croissance ?” - et aucune règle d’attribution n’y répond.
Ce que la baseline contient
Dans un MMM, la baseline est la part des ventes non attribuée à l’activité marketing courante - souvent la majorité du CA. La tentation est de la lire comme un résidu (“ventes organiques”, “fond de commerce”). C’est l’inverse : c’est l’actif accumulé. S’y combinent la disponibilité mentale construite par des années de publicité, le bouche à oreille, la distribution en place, la base d’acheteurs qui ré-achète en probabiliste (règle 95-5, pénétration vs loyauté) - l’empreinte de toutes les actions de l’entreprise depuis son lancement.
Le mauvais modèle mental : le tableau de génération
Le reporting standard répartit les ventes entre canaux : Search “génère” 40 %, Meta 25 %, l’email 15 %… Ce tableau induit un modèle mental faux : si chaque canal génère sa part, couper tout mettrait le CA à zéro - or ce n’est pas ce qui se passe. Le tableau mesure du crédit - la répartition d’un mérite entre points de contact selon des règles mécaniques (attribution : fenêtres par régie, déduplication-convention, angle mort pré-clic). Il ne mesure pas la cause. L’erreur symétrique existe aussi : traiter la baseline comme un acquis fixe, alors qu’elle grossit ou fond selon ce qu’on lui donne.
La boule de neige : l’inertie comme propriété
La baseline a de l’inertie. Elle s’est construite lentement et se défait de même. Couper tout n’effondre pas les ventes : elles s’érodent. Inversement, certains investissements font réellement grossir la boule, d’autres ne font que se créditer de sa taille au passage - capter une demande que la baseline aurait convertie de toute façon.
Comme le documentent Les Binet et Peter Field dans The Long and the Short of It, les effets d’activation s’évaporent vite ; les effets de marque se construisent sur des mois ou des années - c’est cette asymétrie temporelle qui crée l’inertie, et qui la rend invisible aux fenêtres d’attribution courtes. L’érosion est documentée en miroir : les marques qui maintiennent leur investissement en récession gagnent là où celles qui coupent s’érodent - l’effet ne se voit qu’à horizon long.
La question qui remplace le tableau
Le modèle baseline reformule la seule question de pilotage qui compte : non pas “quel canal génère quoi ?” mais “qu’est-ce qui contribue réellement à la croissance ?” - c’est exactement la question de l’incrémentalité, et aucune règle d’attribution n’y répond. Ce qui fait grossir la baseline se mesure par expérimentation (geo-tests, coupures contrôlées) et triangulation (Media Mix Modeling, brand tracking), jamais par lecture directe du tableau de crédit.
Si ta scale-up plafonne aujourd’hui
Signaux : un comité qui pilote à la part de ventes “générées” par canal ; la peur de couper un canal “rentable” sans jamais l’avoir testé ; des décisions budgétaires qui suivent le ROAS reporté.
1. Bannir “générer” du reporting.
Parler de conversions créditées - le vocabulaire conditionne les décisions. “Search génère 40 %” encode un modèle causal faux ; “Search a été crédité de 40 % des conversions” pose la bonne question d’emblée : crédité à quelle règle, et que dit l’expérimentation ?
2. Tester par la coupure.
Les cas eBay, Atlassian, Airbnb (documentés dans incrémentalité) montrent que couper un canal “rentable” n’a souvent rien changé au volume de ventes - la baseline portait ce qui était crédité. Sans test, on paie pour du crédit, pas de la cause.
3. Lire à deux horizons.
La fenêtre courte mesure la récolte, la baseline ne bouge que sur des mois - un dashboard hebdomadaire ne peut structurellement pas la voir grossir ou fondre. Le bon dispositif combine lecture courte (activation) et lecture longue (pente de la baseline dans ton MMM, brand tracking).
4. Traiter la baseline comme un actif à piloter.
Sa pente (croît-elle, fond-elle ?) en dit plus sur la santé long terme que n’importe quel ROAS de canal. Une baseline qui s’érode en silence pendant qu’un ROAS s’optimise est le schéma exact du performance plateau.
5. La mauvaise lecture n’est pas un défaut d’outillage.
C’est un défaut de modèle mental - changer le tableau ne sert à rien si on garde “générer” en tête.

Pour aller plus loin
- Attribution - Pourquoi la mesure la plus précise en apparence oriente mal le budget. Les trois biais structurels de l’attribution, et les méthodes qui mesurent l’incrémental réel.
- Incrémentalité - La question que toutes les conversions natives évitent : cette conversion aurait-elle eu lieu sans la dépense ? La métrique qui distingue vendre à ceux qui auraient acheté de gagner des nouveaux acheteurs.
- Performance Plateau - Le performance marketing rampe puis plafonne mécaniquement. La sortie n’est pas plus d’optimisation tactique - c’est l’ajout d’un layer brand qui élargit le pool d’acheteurs mentalement disponibles.
- Split Brand-Activation - Construction de marque et activation ne s’opposent pas. Le 60/40 de l’IPA comme repère - et pourquoi le vrai piège est le milieu tiède.
Sources
- Les Binet & Peter Field, The Long and the Short of It (2013). Analyse de 996 cas IPA sur l’asymétrie temporelle des effets marketing et la dynamique des effets de construction de marque vs activation.
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